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Recouvrement & procédures collectives

Mise en demeure de payer : les mentions qui la rendent efficace, et ce qu'elle déclenche

Une mise en demeure n'est pas une relance de plus. C'est l'acte qui fait courir les intérêts, débloque la clause pénale et ouvre le droit de sortir du contrat — à condition de porter les mentions qui produisent chacun de ces effets. Entre professionnels, une partie de ces effets court déjà sans elle, ce qui change ce qu'il faut écrire dedans.

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Jérôme PujolAvocat associé

Ce que le code appelle une mise en demeure

L'article 1344 du code civil tient en une phrase, et cette phrase contient deux voies.

La première : le débiteur est mis en demeure par une sommation ou un acte portant interpellation suffisante. Aucun formulaire n'est imposé. Une lettre suffit, à condition qu'elle interpelle — qu'elle ordonne le paiement au lieu de le solliciter. C'est la distinction qui sépare la relance de la mise en demeure, et elle tient parfois à un verbe.

La seconde voie est celle qu'on oublie : si le contrat le prévoit, la seule exigibilité de l'obligation vaut mise en demeure. Beaucoup de conditions générales de vente et de contrats-cadres portent cette clause, souvent sous l'intitulé « mise en demeure de plein droit ». Quand elle existe, les effets courent depuis l'échéance et la lettre ne fait que les constater. Le contrat se relit donc avant d'écrire, pas après : c'est lui qui dit si la date qui compte est celle de l'échéance ou celle du courrier.

Reste que personne n'est tenu de l'écrire soi-même. Le créancier, son conseil ou un commissaire de justice peuvent délivrer l'acte, et le choix se fait sur ce qu'on veut en obtenir. C'est aussi le moment de décider si l'on va jusqu'au bout : faire porter la mise en demeure et la suite du recouvrement suppose d'avoir vérifié, avant la lettre, que le débiteur peut encore payer.

Les mentions qui la rendent efficace

Un modèle générique échoue toujours au même endroit : il produit une lettre correcte pour un effet, et muette pour les trois autres. On raisonne donc mention par mention.

L'identification et l'interpellation

La lettre désigne le créancier et le débiteur, puis la créance : contrat ou facture, référence, date d'échéance, montant réclamé en principal. Une somme non chiffrée ne se réclame pas — c'est le premier défaut relevé en défense. Vient ensuite l'injonction elle-même, à l'impératif, et la date de la lettre, qui servira de point de départ à tout ce qui suit.

Le délai imparti

Aucun texte ne fixe de durée minimale pour une mise en demeure de payer de droit commun. L'article 1231 du code civil parle d'un délai raisonnable, et l'article 1226 également. La pratique retient huit ou quinze jours entre professionnels, et la durée s'apprécie au regard du montant, de la nature de la créance et des usages du secteur. Un délai manifestement trop court n'annule pas la lettre : il affaiblit ce qu'on en tirera ensuite.

La mention qui ouvre la sortie du contrat

C'est la plus souvent absente, et c'est celle qui coûte le plus cher. L'article 1226 du code civil permet au créancier de résoudre le contrat par voie de notification, à ses risques et périls — mais il exige que la mise en demeure préalable mentionne expressémentqu'à défaut d'exécution, le créancier sera en droit de résoudre le contrat. Sans cette phrase, la lettre fait courir les intérêts et rien de plus : on reste engagé dans un contrat qu'on voulait quitter, et il faut recommencer. Le texte réserve deux cas où la mise en demeure n'est pas due : l'urgence, et les circonstances qui la rendent vaine.

Ce qu'elle déclenche, et à partir de quand

Les intérêts moratoires

L'article 1344-1 du code civil est le texte que l'on cite le plus, et il dit exactement ceci : la mise en demeure de payer une obligation de somme d'argent fait courir l'intérêt moratoire, au taux légal, sans que le créancier soit tenu de justifier d'un préjudice. L'article 1231-6 le double côté responsabilité : les dommages et intérêts dus à raison du retard consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure.

Le taux légal n'est pas un chiffre stable. Il est fixé par arrêté, calculé semestriellement à partir du taux directeur de la Banque centrale européenne, et il comporte deux valeurs selon que le créancier est ou non un professionnel (article L. 313-2 du code monétaire et financier). C'est pourquoi la lettre renvoie au taux en vigueur plutôt qu'à un pourcentage écrit en dur.

Entre professionnels : ce qui court déjà sans lettre

Voilà la dérogation qui renverse l'intuition. L'article L. 441-10 II du code de commerce prévoit que les pénalités de retard sont exigibles le jour suivant la date de règlement figurant sur la facture, sans qu'un rappel soit nécessaire. Leur taux est celui convenu entre les parties, sans pouvoir être inférieur à trois fois le taux d'intérêt légal ; à défaut de stipulation, c'est le taux de refinancement de la Banque centrale européenne majoré de dix points.

Le même texte ajoute une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, due de plein droit par tout professionnel en retard, fixée à 40 eurospar l'article D. 441-5 du code de commerce. Lorsque les frais réellement exposés dépassent ce montant, une indemnisation complémentaire peut être demandée sur justification. Une seule limite y est posée : le créancier ne peut pas invoquer ces indemnités lorsque l'ouverture d'une procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation interdit le paiement à l'échéance de la créance qui lui est due.

Conséquence pratique, et elle est contre-intuitive : sur une facture commerciale, la mise en demeure ne crée pas les pénalités de retard. Elle les chiffre et les réclame. L'intérêt moratoire de l'article 1344-1 est un filet — il joue quand le contrat est muet, ou hors du champ des transactions commerciales.

La clause pénale et les dommages et intérêts

Deux textes symétriques, et la même condition. L'article 1231 du code civil : à moins que l'inexécution soit définitive, les dommages et intérêts ne sont dus que si le débiteur a préalablement été mis en demeure de s'exécuter dans un délai raisonnable. L'article 1231-5, dernier alinéa : sauf inexécution définitive, la pénalité contractuelle n'est encourue que lorsque le débiteur est mis en demeure.

Une clause pénale négociée avec soin reste donc lettre morte tant que la mise en demeure n'est pas partie. Elle n'est pas non plus intangible : le juge peut, même d'office, modérer une pénalité manifestement excessive, ou l'augmenter si elle est dérisoire.

Ce qu'elle ne déclenche pas

Un point à connaître avant de temporiser : la mise en demeure n'interrompt pas la prescription. Elle fait courir des intérêts, pas un nouveau délai pour agir. Un dossier qu'on relance tous les six mois par courrier recommandé se prescrit exactement comme celui qu'on n'a jamais relancé.

Ce qui courtPoint de départTexte
Intérêt moratoire au taux légalla mise en demeureart. 1344-1 et 1231-6 C. civ.
Pénalités de retard entre professionnelsle lendemain de la date de règlement portée sur la facture, sans rappelart. L. 441-10 II C. com.
Indemnité forfaitaire de 40 €de plein droit, dès le retardart. L. 441-10 II et D. 441-5 C. com.
Clause pénalela mise en demeure, sauf inexécution définitiveart. 1231-5 C. civ.
Dommages et intérêtsla mise en demeure, sauf inexécution définitiveart. 1231 C. civ.
Droit de résoudre le contrat par notificationl'expiration du délai imparti, si la lettre l'a annoncéart. 1226 C. civ.
Transfert des risques sur une chose à délivrerla mise en demeureart. 1344-2 C. civ.

La preuve de la réception

L'article 1344 n'impose aucune forme, mais tous les effets du tableau ci-dessus se comptent à partir d'une date. Cette date, c'est au créancier de l'établir.

La lettre recommandée avec avis de réception reste la voie ordinaire : elle établit l'envoi, sa date, et la présentation au destinataire. On conserve l'avis et l'enveloppe, y compris lorsque le pli revient non réclamé — c'est alors la présentation à la bonne adresse qu'il faudra démontrer, et l'adresse se vérifie sur l'extrait Kbis avant l'envoi, pas après le retour.

L'envoi recommandé électroniqueest équivalent à la lettre recommandée dès lors qu'il satisfait aux exigences de l'article 44 du règlement (UE) n° 910/2014, dit eIDAS (article L. 100 du code des postes et des communications électroniques, précisé par le décret n° 2018-347 du 9 mai 2018, applicable depuis le 1erjanvier 2019). Le consentement préalable du destinataire n'est exigé que s'il n'est pas un professionnel : entre entreprises, la question ne se pose pas.

Le courriel simple, lui, peut très bien porter une interpellation suffisante par son contenu. Il ne prouve ni la réception ni sa date, ce qui revient à perdre le point de départ de tout le reste.

Reste la sommation de payer, délivrée par un commissaire de justice : même acte, même effet, preuve de la remise en plus. Elle se distingue du commandement de payer, qui intervient plus loin dans le parcours et suppose en principe un titre exécutoire déjà obtenu. Certaines matières, le bail commercial en tête, ont leur propre commandement, avec un formalisme et des délais que la mise en demeure de droit commun ne remplace pas.

Ce qui vient après le délai

Le délai expiré sans paiement, trois voies s'ouvrent, et le choix tient à une seule question : la créance est-elle sérieusement contestable ? Si elle ne l'est pas, l'injonction de payer et le référé-provision donnent un titre en quelques semaines. Si elle l'est, l'assignation au fond s'impose. Notre page consacrée au recouvrement détaille les trois et leurs délais.

Deux vérifications valent le temps qu'elles coûtent, et elles se font avant, pas après : l'existence d'une procédure collective ouverte contre le débiteur, et la possibilité de sécuriser des sommes par une mesure conservatoire. Un titre exécutoire contre une société vide ne se recouvre pas.

Cas type reconstitué — les dossiers réels sont couverts par le secret professionnel (article 226-13 du code pénal). Un prestataire informatique facture une prestation de fin de chantier. Le client conteste mollement, puis cesse de répondre. La mise en demeure part en recommandé, réclame le principal, annonce les pénalités depuis l'échéance — et oublie d'annoncer la résolution. Trois mois plus tard, le prestataire veut arrêter la maintenance qui reste due au titre du même contrat : il ne le peut pas sans repartir d'une nouvelle mise en demeure, cette fois complète. Le retard n'est pas dû à la procédure, il est dû à une phrase manquante.

Trois erreurs qui coûtent cher

Écrire avant d'avoir relu le contrat. Une clause de mise en demeure de plein droit change la date de départ des effets ; une clause pénale change le montant réclamé ; une clause attributive de compétence change le tribunal à saisir ensuite. Les trois se lisent en dix minutes.

Omettre l'annonce de la résolution.L'effet le plus utile de l'article 1226 est aussi celui qui dépend entièrement d'une mention, et c'est la seule des mentions qu'un modèle générique ne porte jamais, faute de savoir si le créancier veut sortir du contrat.

Annoncer une procédure qu'on n'engagera pas. Un débiteur qui reçoit une deuxième mise en demeure sans avoir vu la première suivie d'effet a appris ce qu'il voulait savoir. La question à trancher avant d'écrire n'est pas la formulation, c'est ce qu'on fera au quinzième jour.

Une créance échue et un doute sur la marche à suivre ? Le plus simple est de nous exposer la situationavant d'engager des frais de procédure : le périmètre et le montant sont annoncés avant la mission, y compris lorsque la réponse tient en un courrier.

Questions fréquentes

Elle ne conditionne pas l'accès au juge : on peut demander une injonction de payer sans avoir écrit au débiteur. Mais elle conditionne des effets qu'aucune procédure ne rattrape ensuite. Sans mise en demeure préalable, les dommages et intérêts ne sont pas dus (article 1231 du code civil), la clause pénale n'est pas encourue (article 1231-5), et le contrat ne peut pas être résolu par notification (article 1226). Trois exceptions communes à ces textes : lorsque l'inexécution est définitive, ou, pour la résolution, en cas d'urgence ou lorsque les circonstances rendent la mise en demeure vaine.

L'article 1344 du code civil n'impose aucun formulaire : il exige une sommation ou un acte portant interpellation suffisante. Concrètement, la lettre identifie le créancier et le débiteur, désigne la créance par son contrat ou sa facture avec sa date d'échéance, chiffre la somme réclamée en principal, ordonne le paiement au lieu de le solliciter, impartit un délai et porte une date. Une mention supplémentaire est décisive si l'on veut pouvoir sortir du contrat : l'article 1226 exige d'annoncer expressément qu'à défaut de paiement, le créancier sera en droit de le résoudre. C'est la mention la plus souvent absente.

Aucun texte ne fixe de durée minimale pour une mise en demeure de payer de droit commun. L'article 1231 du code civil parle d'un délai raisonnable, et l'article 1226 d'un délai raisonnable également avant de résoudre le contrat. La pratique retient huit ou quinze jours pour une facture entre professionnels, et le délai s'apprécie au regard du montant, de la nature de la créance et des usages du secteur. Un délai manifestement trop court est ce qu'un juge reproche ensuite au créancier — il ne rend pas la lettre nulle, il affaiblit ce qui en découle.

Un simple courriel peut constituer une interpellation suffisante par son contenu, mais il laisse le créancier sans preuve de la réception ni de sa date — or c'est cette date qui fait courir les effets. La lettre recommandée avec avis de réception reste la voie ordinaire. L'envoi recommandé électronique lui est équivalent lorsqu'il satisfait aux exigences de l'article 44 du règlement (UE) n° 910/2014, dit eIDAS (article L. 100 du code des postes et des communications électroniques, décret n° 2018-347 du 9 mai 2018) ; le consentement préalable du destinataire n'est requis que s'il n'est pas un professionnel.

Deux régimes se superposent, et ils n'ont pas le même point de départ. L'intérêt moratoire au taux légal court à compter de la mise en demeure, sans que le créancier ait à justifier d'un préjudice (articles 1344-1 et 1231-6 du code civil) ; le taux légal est fixé par arrêté et révisé chaque semestre, avec un taux distinct selon que le créancier est ou non un professionnel (article L. 313-2 du code monétaire et financier). Entre professionnels, en revanche, les pénalités de retard sont exigibles dès le lendemain de la date de règlement figurant sur la facture, sans qu'un rappel soit nécessaire (article L. 441-10 II du code de commerce). Sur une facture commerciale, la mise en demeure ne crée donc pas ces pénalités : elle les chiffre.

Le délai expiré, trois voies s'ouvrent, et le choix tient à une seule question : la créance est-elle sérieusement contestable ? Si elle ne l'est pas, l'injonction de payer et le référé-provision donnent un titre en quelques semaines. Si elle l'est — contestation sur la conformité de la prestation, compensation invoquée —, l'assignation au fond s'impose. Avant l'une comme l'autre, deux vérifications valent le temps qu'elles prennent : l'existence d'une procédure collective ouverte contre le débiteur, et la possibilité de sécuriser des sommes par une mesure conservatoire. Un jugement contre une société vide ne se recouvre pas.

La sommation de payer est une mise en demeure délivrée par un commissaire de justice : même acte, même effet, preuve de la remise en plus, et un poids psychologique différent. Le commandement de payer se situe un cran plus loin dans le parcours : il suppose en principe un titre exécutoire déjà obtenu — jugement, acte notarié — et prépare l'exécution forcée. Certaines matières, en particulier le bail commercial, connaissent leur propre commandement, avec un formalisme et des délais qui leur sont propres et que la mise en demeure de droit commun ne remplace pas.

Jérôme Pujol, avocat associé, barreau de Paris et barreau des Pyrénées-Orientales.

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